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A nous l'Equateur

20/06/2017

Nous partons tôt de la ville frontière d'Ipiales pour passer rapidement en Equateur. Nous profitons d'une bonne descente pour arriver jusqu'aux postes frontières. Le manque d'indications pourrait nous faire passer en Équateur sans nous obliger à nous arrêter au bureau de l'immigration.
Qui a dit que l'Europe c'était porte ouverte ?
Nous emmènons nos vélos avec nous dans le bâtiment de l'immigration Colombienne et gardons un œil dessus dans la file pour faire tamponner nos passeports. Nous rencontrons un Colombien dans la queue. Il revient de Quito, il est sympathique et nous discutons en attendant notre tour. 


"Vous allez où ?"
La douane Colombienne nous interpelle de sa claivoyance.
Euh, c'est à dire que je suis au poste frontière Colombie/Equateur là, et que j'ai déjà le tampon d'entrée en Colombie. Donc, selon toute logique, je vais.....
- "En Équateur ?! "
Bravo, grâce à notre bonne réponse au quiz de la douane colombienne, nous obtenons le précieux tampon pour quitter le pays et passons le pont jaune qui matérialise la frontière.

Il y a beaucoup plus de monde à la frontière pour l'Equateur et beaucoup plus de guichets. Nous nous séparons à contrecœur, puisque nous ne pouvons pas emmener les vélos dans le bâtiment de la douane équatorienne. Je fais mes formalités d'entrée, pendant que Fabien surveille les vélos et les bagages à l'extérieur. 

Une horde de monnayeurs (les personnes qui changent des pesos en dollars) tournent autour de Fabien, ce qui ne me rassure pas. Après quelques minutes, je vois Fabien rire. Nous avons le droit à notre première phrase culte, à l'entrée en Équateur : "N'aie pas peur, on ne va pas voler ton vélo, on n'est pas des colombiens ". 

Ça a le mérite d'annoncer la couleur. 
Quand vient son tour, les douaniers font passer Fabien devant tout le monde, pour qu'on n'ait pas à faire la queue deux fois. Sympa les douaniers équatoriens ! Une fois les passeports tamponnés, nous nous engageons dans le second pays de notre voyage, et partons pour une bonne montée afin de rejoindre Tulcàn. 

 

Une fois là-bas, Fabien s'arrête chez Movistar, un opérateur téléphonique, pour nous acheter des cartes sims équatoriennes. L'exercice n'est pas de tout repos, car cela lui prend plus d'une heure. Je reste dehors pour surveiller les vélos. Il recommence à pleuvoir. Nous repartons vers 11h équipés de nos cartes équatoriennes. 

 

Nous enchaînons sur une montée du diable, en poussant pendant plusieurs centaines de mètres pour atteindre 3200 mètres, puis, c'est la descente tant espérée vers la ville de Julio Andrade. 

 

Après un rafraichissement bien mérité dans un restaurant à l'entrée de la ville (sympathiquement servi par un équatorien qui étudie le français et l'allemand), nous rejoignons le centre ville pour trouver l'entreprise Sedicaf, point de repère à partir duquel nous devons demander où habite notre hôte. Oui, ce soir nous dormons chez l'habitant, un des membres du réseau Warmshower.

Plusieurs personnes nous indiquent le haut du village. On nous propose de nous emmener en voiture mais Fabien préfère faire la route à vélo.

Nous redemandons notre orientation à plusieurs reprises jusqu'à ce que nous rencontrions ce garçon qui attendait ses chips à un stand ambulant dans la rue, et qui nous dit de l'attendre quelques secondes, il va nous y emmener. Décidément, les gens sont sympas ici. 

 

Nous arrivons devant la Casa de la Alegria, la maison d'Anita et Richard et de leurs deux enfants Esteban et Darwin. 

Anita nous accueille avec quelques mots d'anglais et d'espagnol, nous sert à manger et envoie les garçons vendre des tortillas sucrées.

Ils reviennent quelques minutes plus tard et n'ont malheureusement pas tout vendus. Esteban est fatigué et va se coucher devant la télé pendant que Darwin reste un peu pour discuter avec nous. Anita nous envoie tous les trois vendre des tortillas aux voisins. Grâce à une séparation effective des challants, nous arrivons à tout vendre : Darwin aux voisins en espagnol, et nous aux touristes en anglais.

 

Nous récupèrons à chaque vente un dollar, qui permettra s'assurer un second revenu à la famille. Les tortillas sucrées sont un peu épaisses à notre goût. Nous revenons à la maison et donnons un petit cours d'anglais et de français à Darwin. C'est un enfant hyper agréable, curieux et intelligent, qui comprend et déduit beaucoup de choses.
Plus tard nous allons faire des courses à deux reprises pour le dîner : nous allons acheter du poulet pané et des citrons pour la salade. Nous ne sommes pas trop rassurés car il est 7h, il fait nuit noire, les rues ne sont pas éclairées et que d'habitude nous ne sommes pas dehors à cette heure-là. La deuxième fois nous y allons seuls, et décidons de rester dans un périmètre qualifié de "très proche" puisque nous nous jetons dans la première épicerie qui vient, dans le but de rentrer au plus vite...
Richard, le père de famille, rentre vers 7h30, nous rejoint avec un ami, et pendant que nous cuisinons avec Anita, ils improvisent un concert guitare et de flûte de pan dans la cuisine. 

Nous lui passons notre harmonica, qu'il fera résonner comme s'il en avait joué toute sa vie. Quel super musicien ! 

Nous mangeons tous ensemble, puis, Fabien profite des instruments pour gratter un peu : Il n'a pas perdu la main ! Du coup, on leur chante "On s'emmène" de La rue Kétanou. Durant la soirée, Richard nous demande si nous nous sentons bien chez lui, et nous a avoué qu'ils avaient du mal à terminer la maison : les murs sont à même les briques, le toit fait de tôles, des bâches finissent de boucher les trous. Des draps et bouts de bois font office de séparation pour les pièces. Quelques minutes plus tard, Richard nous aménage un petit coin où dormir dans la chambre des garçons : un matelas, pas de première fraicheur, à même le sol en béton, sans couvertures ni draps. Qu'a cela ne tienne, nos sacs de couchage en feront office. 

C'est une drôle de sensation, de dormir dans un endroit que d'aucuns considéreraient comme insalubre, de nous doucher à l'eau très tiède, dans une installation spartiate, et d'être tellement reconnaissant pour cela, alors que nous en serions horrifié partout ailleurs. C'est perturbant. Ils partagent tout ce qu'ils ont avec des voyageurs de passage dans le but d'offrir une ouverture sur le monde à leurs enfants. A aucun moment nous ne ressentons de la pitié, mais sommes remués par cette expérience et ce mode de vie qui nous sont étrangers, qui peuvent nous paraître spartiates et qui pour eux sont normaux. Nous restons bouleversés par la gentillesse de cette famille qui nous offre de partager tout ce qu'elle a.

Le matin nous émergeons doucement. Nous avons bien dormi, ce qui nous empêche pas de paresser dans nos duvets hyper confortables et bien chauds : il a fait froid cette nuit, on a frôlé les 0 degrés, dans la maison. On se lève vers 9h, Esteban est déjà parti à l'école (pas de grève des enseignants ici). Au petit-déjeuner, lorsque nous nous levons, il n'y a personne. Nous en profitons pour ranger nos affaires. Richard et Anita arrivent tous deux en même temps, nous prenons un café tous ensemble et une des tortillas d'Anita. C'est un vrai étouffe-chrétien. L'ironie ne nous échappe pas, dans cette maison très catholique. Nous repartons vers 10h30, fortement marqués par cette expérience de partage, non sans laisser un petit mot sur leur carnet de voyage, l'occasion pour nous de voir que nous faisons partie d'une large communauté de cyclotouristes,  venant de la Corée, du Japon, d'Europe de l'Est en passant par les États-Unis et l'Afrique du Sud. 

 

Richard réussit ainsi son pari, d'ouvrir ses enfants au monde, si on en juge par le nombre de voyageurs qui y sont passés.

 

Julio Andrade, le 20 juin 2017

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