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De Sicuani à Puno

03/09/2017

Deux jours à Sicuani, nous voilà bien reposés, et prêts à affronter l'altiplano venteux péruvien, et un col à 4400 mètres pour rejoindre Puno, sur la rive sud du lac Titicaca. Du costaud. Nous partons donc à l'ascension de la cordillère de la Raya, dont les sommets voisinent les 5500 mètres. Toujours le même paysage, entre eucalyptus, rails de la ligne Cuzco - Puno, dessins et tags à l'effigie d'une figure politique locale. Malheureusement, depuis notre départ de Cuzco, nous sommes accompagnés, le long des routes, par de nombreux déchets. A certains endroits, c'est une décharge à ciel ouvert. Nos pauses le long de la route sont de fait, un peu gâchées.

En chemin, plus de bande d'arrêt d'urgence sur le coté. Cette fois, c'est la grande rencontre avec les chauffards péruviens. Et de vous raconter ... Leur approche, c'est tout un processus. 

D'abord, nous entendons les moteurs ronflant avant qu'ils n'arrivent à notre niveau. Deux choix : klaxon ou pas ? Si klaxon, combien de coups ? Brefs ? Longs ? C'est comme du morse, que nous avons vite appris à déchiffrer.

D'abord, sachez que les chauffeurs silencieux sont de loin les moins dangereux. Pour les autres, il faut analyser. 

Premier klaxon d'approche, pour signaler soit qu'ils arrivent, faire un coucou ou nous demander de nous pousser. Dans les deux premiers cas, bien tenir sa droite quand même, car les klaxons ne présagent en rien de l'écartement de la voiture. Nous ne comptons plus le nombre de fois où nous nous sommes fait frôlés par les conducteurs encourageants, qui semblent incapables de klaxonner et de tenir leur volant droit ! Comme nous aimerions qu'ils se concentrent sur la route...

 

Un deuxième coup ? L'espacement entre les coups de klaxons, de même que la longueur d'appui sur l'avertisseur permettent de déduire la dangerosité du conducteur : Coup rapprochés, appuyés : sauve qui peut! Nous ralentissons et nous écartons le plus vite possible de ce qui peut ressembler à une surface carrossable. L'expérience nous a appris que même dans l'herbe où sur le ripio, sur le bas coté, nous ne sommes pas forcément à l'abri d'être frôlés de très près.

Quand nous sommes excédés, nous faisons des signes, et quelquefois les voitures s'arrêtent : l'occasion pour moi d'interpeller les malfrats, et de leur rappeler que pour dépasser les cyclistes, c'est au moins un mètre cinquante. Fabien pense que ça ne sert à rien, moi je me plais à croire que les automobilistes retiendront la leçon.

 

La journée se déroule donc sur cet apprentissage psychologique. Nous passons dans un village des plus étranges. Sur le bord de la route, de nombreuses maisons de maître à l'abandon se succèdent, laissant place à une église de style néo-classique éventrée, qui laisse à voir l'intérieur de la nef... Alentours, au pied des édifices, un village de tôles et de bâches... Nous ne comprenons pas ce qui se passe ici... Pourquoi des maisons fonctionnelles à l'abandon ? Pourquoi ce village improvisé à ses pieds ?

Nous n'osons sortir nos appareils pour immortaliser cette scène surréaliste. Après quelques recherches, nous restons dans le mystère.

A 15h, après une journée d'ascension, nous décidons de camper dans les thermes d'Aguas Caliente. En face des thermes, une dame nous suggère de dormir à l'étage de l'édifice, pour être plus tranquille et à l'abri de la pluie. Nous dormirons donc là.

Enfin, dormir c'est un grand mot : Nous sommes d'abord épiés pendant que nous montons la tente et défaisons les sacoches. L'impression d'être des bêtes de foire ne nous échappe pas. L'ironie de la situation non plus, nous qui souhaitions justement être à l'écart pour ne pas attirer les regards... La nuit, les gens rôderons tout autour de la tente, s'imaginant peut-être être discret ... 

Très tôt, le lendemain, on s'active à proximité. Excédes par une nuit sans sommeil, nous sortons, rangeons la totalité de nos affaires et nous apprêtons à partir quand nous tombons sur Horsun, un sud coréen, qui traverse l'Amérique Latine à pied, puisqu'il a déjà fait un tour du monde à vélo !

Nous filons, la fin de l'ascension nous attends. +1000 mètres de dénivelé positif, à 3400 mètres, on les sens passer. C'est le souffle court, mais content, que nous atteignons le col après dix kilomètres d'ascension. Derrière, soulagement, une grande descente de 30km, et le début de l'altiplano péruvien. C'est beau et immense, ces grandes plaines à 4000 mètres, emmurés par des montagnes.

 

En route, la surprise : la fromagerie dont nous ont parlé nos amis de Combi vert ! En bons français en exils, nous nous arrêtons en chemin pour reprendre des forces. Le fromage y est bon ! 

15 km plus tard, au terme d'une journée de plus de 80 kilomètres, nous atteignons Ayaviri. Il n'y a vraiment rien à faire, ni à voir, dans cette ville morne. Nous trouvons un hostel pour y passer la nuit. Le passage incessant dans le couloir, et les rires gras en ce soir de match de foot (Pérou / Bolivie) ne nous rassurent pas : à 10h nous décidons de rentrer nos vélos dans notre chambre de 12m2 : tant pis s'il n'y a pas de place, au moins, on est sur que personne n'aura la bonne idée d'y toucher.

 

Le lendemain, nous enchaînons sur une grosse journée de plat : 110 kilomètres pour rejoindre Juliaca, et sa casa de Ciclista! Le paysage y est toujours magnifique, une grande plaine, entourée de haut sommets. Nous avançons bien, déjà 60 kilomètres ce matin. Nous espérons arriver à Juliaca avant la nuit, pour y éviter les ennuis, ayant en mémoire les avertissements de Ramon et de sa femme en tête. C'est sans compter sur le vent qui se lève en début d'après midi. Nous pédalons fort, comme des beaux diables : rien n'y fait. Vers 16h, nous n'avons avancé que de vingt kilomètres. Il nous en reste encore trente. Nous calculons mentalement que nous n'atteindrons pas Juliaca avant la nuit. Un peu dépités, nous forçons sur nos pédales, espérant trouver un hôtel en chemin. 10 km plus loin, une heure plus tard, nous nous résignons. L'hôtel que nous avions trouvé sur Maps.me n'existe pas, et le camping sauvage ne nous dit décidément rien ici. Je me résigne à faire du stop, avec les vélos. Je suis accompagnée par le légendaire enthousiasme débordant de Fabien ("Mais, Amandine, ça marchera pas!", "Personne va nous prendre","Regarde moi ça ces chauffards..."). Contre tout attente de Fabien, un collectivo fini par s'arrêter, et sans paraitre plus surpris, le chauffeur et son assistant se saisissent des sacoches, et des vélos. 10 minutes plus tard, nous voilà en route pour Juliaca, les vélos sur le toit.

 

Nous comprenons les commentaires alertant sur Juliaca. La ville est tentaculaire, et les banlieues un enchainement de ferrailleurs, de casses, des restaurants miteux et de maisons éventrées. Des enfants trainent dans les caniveaux, avec les chiens errants. Pas très engageant.

Le collectivo nous dépose à la gare routière. En évitant de nous faire rouler dessus dans cette fourmilière géante, nous atteignons la casa de ciclistas. Nous sommes accueilli par Giovanni, dans une annexe de sa maison. Un lit simple pour deux ? Solidaire, nous sortons les matelas gonflables pour dormir par terre.

 

Le lendemain, nous saluons Giovanni, et filons vers Puno. La première partie de la route est très sympa. Une double voie est en quasiment terminée, mais pas mise en service. Résultat, une piste cyclable géante de 35 kilomètres, juste pour nous. Le bonheur!

La fin de la route est aussi cauchemardesque que la première agréable. Ca monte fort pour Puno. On pousse les vélos sur le bord de la route, puisqu'entre temps on a retrouvé les chauffards. En arrivant à l'hôtel à Puno, une hôtesse charmante nous demande l'original de notre passeport, parce qu'elle a besoin de voir le tampon d'entrée du pays. Première fois en un mois, un sketch. Du coup, nous nous sommes acquittés de notre tâche avec beaucoup d'entrain, en colonisant le hall d'entrée de l'hôtel. L'image ci dessous résume bien l'état d'esprit...

 

 

Les 30 et 31 août, et les 1er et 2 septembre 2017

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